Journée de sensibilisation sur les bombes à
sous-munitions
et les résidus de guerre
organisée par Handicap International
présidée par Mme Joëlle Garriaud-Maylam,
sénatrice des Français établis hors de France
Jeudi 6 octobre 2005 - Sénat
Dans le cadre des campagnes française et
internationale contre les sous-munitions, Handicap International a organisé
au sein du Palais du Luxembourg, le 6 octobre dernier, une journée de
sensibilisation sur la problématique des bombes à sous-munitions, présidée
par Mme Joëlle Garriaud-Maylam.
Au niveau international, Handicap International est
membre de la Coalition contre les sous-munitions (CMC, cluster munitions
coalition), coalition créée en 2003 qui regroupe aujourd'hui quelques
115 ONG. Cette coalition, qui milite contre les bombes à sous-munitions,
essaie d'agir de sorte que les Etats se saisissent de la question et
mettent au point des règles de droit qui permettront de régler définitivement
ce problème. Pour cela, la CMC agit au niveau international comme au niveau
national. Sur le plan international, elle agit en étant présente dans des
instances comme la Convention des Nations unies de 1980 sur certaines armes
classiques (Convention on classical weapons ou CCW) qui régit
l'utilisation des explosifs de guerre. Sur le plan national, la CMC
demande à ses membres d'agir sur leurs gouvernements afin que ceux-ci
appliquent des codes de bonne conduite qui permettront de régler définitivement
le problème posé par les bombes à sous-munitions.
Handicap International a
engagé depuis 2004 une campagne de sensibilisation et de mobilisation sur
le fléau que représentent ces armes. Cette journée de sensibilisation au
Sénat français s'inscrivait dans le cadre d'une série d'actions
menées par l'association depuis le début de l'année 2005 et visant à
sensibiliser différents publics à cette problématique : création
d'une plate-forme française contre les sous-munitions, campagne de
communication (TV, radio, presse), pétitions en ligne, dossier
parlementaire adressé à l'ensemble de la représentation nationale,
enfin les pyramides de chaussures qui ont eu lieu le 8 octobre
dans 36 villes de France et qui ont permis de recueillir 65000
signatures contre les bombes à sous-munitions.
L'action menée à
l'attention de la représentation nationale française commence à porter
ses fruits puisque plus de 100 questions parlementaires ont été posées au
gouvernement en 2005 sur le thème des sous-munitions. Deux propositions de
loi demandant l'interdiction des sous-munitions ont été déposées à
l'Assemblée nationale depuis 2004. Néanmoins, le gouvernement français
ne semble pas encore avoir pris pleinement conscience du caractère de véritable
urgence humanitaire que revêt la problématique des sous-munitions.
L'organisation par Handicap International d'une journée de
sensibilisation sur les sous-munitions au palais du Luxembourg avait donc
pour objectif de sensibiliser davantage les pouvoirs publics à la problématique
des sous-munitions, de leur faire prendre conscience de l'ampleur du
danger humanitaire qu'elles représentent et du rôle qu'ils doivent
jouer dans cette problématique.
Cette journée s'est déroulée en deux temps : un
colloque sur la thématique des sous-munitions a eu lieu dans la matinée,
tandis que la soirée a été consacrée à l'inauguration d'une
exposition présentant des photographies de résidus explosifs de guerre,
puis à la projection d'un film sur la même problématique, intitulé
« Les Tortues volent aussi », dont l'action se déroule au
Kurdistan irakien.
Le colloque a réuni différents acteurs de la problématique
des sous-munitions : représentants de la société civile, parlementaires
et représentants des pouvoirs publics.
Mme Joëlle Garriaud-Maylam, marraine de l'événement,
a ouvert la conférence, en rappelant les terribles conséquences
humanitaires causées par les bombes à sous-munitions pendant les récents
conflits, en Irak, en Afghanistan et au Kosovo.
M. Jean-Marc Boivin, Directeur de la Mobilisation
Politique à Handicap International, a ensuite rappelé l'historique du
combat d'Handicap International, et dénoncé la double menace que les
bombes à sous-munitions (armes non discriminantes du fait de l'effet de
zone provoqué par ce type de bombardements, les sous-munitions non explosées
deviennent de véritables mines antipersonnel) représentent pour les
civils.
La première
partie a été consacrée à un état des lieux des sous-munitions.
M. Kevin Bryant, consultant senior en déminage pour
Handicap International Belgique, a décrit la nature et l'utilisation des
bombes à sous-munitions, puis les conséquences humanitaires de ces armes,
avant d'envisager les solutions proposées pour remédier à ce fléau.
Puis M. Louis Maresca, conseiller juridique au CICR,
s'est penché sur les règles fondamentales du droit international
humanitaire, la violation de ce droit par l'utilisation des bombes à
sous-munitions et les réponses internationales proposées pour remédier à
ce désastre humanitaire.
Enfin, MM. Mark Hiznay, chercheur pour Human Rights
Watch et Patrice Bouveret, Président de l'Observatoire des Transferts
d'Armement, ont dressé un état des lieux de la production, des
transferts et de l'utilisation des sous-munitions, d'abord dans le monde
entier, puis plus spécifiquement en France et en Europe. M. Marc Hiznay a
également souligné certaines pratiques ou politiques des Etats allant en
faveur du combat contre les sous-munitions, puis exposé les solutions préconisées
par Human Rights Watch pour lutter contre ce fléau, soit l'interdiction
de certains types de sous-munitions.
Dans une seconde
partie, des représentants de la vie politique et de la société civile
sont venus exposer l'état actuel de la mobilisation politique et
citoyenne contre les bombes à sous-munitions.
M. le général de brigade Jean-Jacques Scellos, chef
de la division maîtrise des armements à l'Etat-major des armées, ministère
de la Défense a présenté la position du ministère de la Défense au
regard de ces armes, en décrivant les systèmes d'armes à sous-munition
actuellement détenues par l'Armée française, puis le processus
d'analyse et de décision de l'emploi de ces armes, lequel permettrait
de parfaitement respecter le droit international humanitaire. Son
intervention a été suivie de la prise de parole d'un représentant du
Ministère des Affaires Etrangères qui a affirmé que la procédure de
ratification du protocole additionnel V à la convention de 1980 sur
certaines armes classiques était en cours, mais avait été retardée pour
des problèmes de traduction.
M. Philippe Mahoux,
Sénateur de Belgique, a ensuite présenté la proposition de loi qu'il a
déposée en Belgique sur l'interdiction de l'utilisation, de la
fabrication et du commerce des bombes à sous-munitions. Cette proposition
de loi a été adoptée par le Sénat de Belgique en juillet dernier et
devrait bientôt être examinée par la Chambre des représentants.
Pour ce qui est de la mobilisation politique en
France, M. Emmanuel Mandon, assistant parlementaire de M. François
Rochebloine, député, a présenté la proposition de loi déposée par ce
dernier qui vise à compléter le dispositif de contrôle et
d'interdiction des mines antipersonnel en élargissant le champ des
interdictions à des armes assimilables à des mines antipersonnel,
notamment les sous-munitions.
S'agissant de la
mobilisation citoyenne, M. Thomas Nash a présenté la coalition
internationale contre les sous-munitions ou CMC (cluster munitions
coalition), les circonstances de sa naissance, ses activités et son appel
à une halte immédiate à l'utilisation des sous-munitions.
Enfin, Mme Anne Villeneuve,
responsable plaidoyer à Handicap International, a conclu la matinée en présentant
les actions de mobilisation déployées par Handicap International en France
et à l'étranger : les signatures de la pétition contre les bombes
à sous-munitions, les pyramides de chaussures, la campagne contre les
bombes à sous-munitions en partenariat avec Agir Ici et l'Observatoire
des Transferts d'armement, le spot télévisé de la campagne française
contre les bombes à sous-munitions.
Parmi les nombreuses
personnes qui assistaient à ce colloque, se trouvaient des membres de la
CMC et de la plate-forme française, dont plusieurs venaient de pays affectés
par les sous-munitions (Afghanistan, Irak, Liban, Ethiopie, Laos, Cambodge,
Koweït). Etaient également présents des parlementaires, dont M.
Jean-Pierre Plancade, vice-président de la Commission des Affaires Etrangères
au Sénat, des représentants des agences onusiennes, des représentants
d'ambassades, le Secrétaire Général de la Commission Nationale
Consultative des Droits de l'Homme, M. Michel Forst, M. Raymond Aubrac.
Ce colloque a permis de développer le dialogue
entre les tenants de différentes positions quant au fléau que représentent
les bombes à sous-munitions. Alors que la coalition internationale, tout
comme Handicap International, souhaite alerter l'opinion publique sur les
conséquences inacceptables de ces armes et en appelle à un règlement
politique, le gouvernement français, par l'intermédiaire de son représentant
du ministère de la Défense, n'a pas remis en cause l'utilisation par
la France de ce type d'arme conventionnelle. Néanmoins, ce colloque a été
l'occasion d'un véritable échange entre les participants et le ministère
de la Défense qui a fait l'objet de nombreuses questions. La position
française a par conséquent pu être énoncée de façon très claire. Si
celle-ci reconnaît les conséquences humanitaires de l'utilisation de ces
armes, la solution serait à trouver dans les améliorations techniques ou
encore le respect du Droit tel qu'il existe, sans besoin de le préciser
davantage.
La soirée
du 6 octobre s'est poursuivie autour de la problématique plus large des résidus
explosifs de guerre avec en première partie l'inauguration d'une
exposition intitulée « La crise
mondiale des résidus explosifs de guerre ». Cette exposition
regroupe différents clichés photographiques réalisés par John Rodsted en
Afghanistan, dans les Balkans, en Erythrée, au Laos et au Cambodge.
L'inauguration de
l'exposition s'est notamment faite en présence de Jacques Hintzy, Président
de l'UNICEF France, lequel a affirmé le soutien de l'UNICEF et plus
particulièrement d'UNICEF France à Handicap International dans son
combat contre les sous-munitions, fléau humanitaire dont de nombreux
enfants sont les victimes. Mme Hélène Luc, sénatrice, membre de la
Commission Nationale pour l'Elimination des Mines antipersonnel est également
intervenue, en remerciant Handicap International et en décrivant sa récente
expérience en Afghanistan qui lui a fait prendre conscience de l'ampleur
du problème humanitaire causé par les résidus explosifs de guerre.
La soirée s'est prolongée avec la projection
d'un film intitulé « Les tortues volent aussi ». Ce
film-fiction, réalisé par Bahman Ghobadi, réalisateur kurde-iranien, décrit
la vie des enfants dans un village du Kurdistan irakien, qui ont pour seul
moyen de survie de récupérer et vendre les résidus explosifs de guerre.
Il a reçu la Concha d'Or au festival de San Sebastien, le Prix spécial
du Jury au Festival de Chicago, le Prix du Public au Festival de Montréal.