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3 QUESTIONS A 
CHRISTIANE KAMMERMANN

Propos recueillis le 10 mai 2005

Quelles sont vos priorités en ce moment ?

En ce moment, l'objectif n° 1 c'est la Constitution européenne, parce qu'il est important que l'on fasse la campagne un peu partout à l'étranger, lorsqu'on est sénateur des Français établis hors de France. Alors j'ai commencé par la Turquie, puis je suis allée au Liban et en Syrie et au Cameroun. Enfin, je me rendrai à Abou Dhabi puis à Dubaï.

Quelle est la vision des Français de l'étranger sur le Traité constitutionnel européen ?

En général, les Français qui habitent hors de France ne connaissent rien à la Constitution. Ils ne l'ont généralement pas lue, et n'ont rien entendu sur le sujet.

La première de leurs objections, c'est l'entrée de la Turquie. Ils en ont peur. Sauf ceux qui habitent en Turquie qui sont attachés à ce pays et ne comprennent pas ce qu'on dit sur la Turquie, et notamment le fait divers qui a défrayé la chronique. De façon générale, ils trouvent qu'il y a trop d'étrangers en France.

Ils ne comprennent pas le débat en France. En général, les Français de l'étranger sont très chiraquiens. Dès lors que c'est le Président de la République qui a décidé du Référendum, ils considèrent qu'il faut voter oui, même s'ils ne sont pas au courant.

J'ai organisé deux dîners de 100 personnes au Cameroun avec un auditoire très attentif.

Quelles sont les particularités de la communauté française au Cameroun ?

A Douala il y a à peu près 4.000 Français, il doit y en avoir 6.500 à 7.000 inscrits dans tout le Cameroun. Il n'y a pas de travail. La crise économique est gravissime. Les consulats généraux de Douala et de Yaoundé où les locaux sont très exigus connaissent des difficultés. Les gens attendent dehors pour les visas. Il y a une file protégée de la pluie pour les visas et une autre pour les Français qui ne l'est pas. Les délais sont longs pour obtenir un passeport, une carte d'identité, pour les services sociaux.

On note une certaine agressivité à l'égard des Français qui sont de plus en plus inquiets. On a recensé deux viols. Les Français sont obligés de se protéger en embauchant des gardes, en mettant des fils barbelés autour des maisons. Le soir de mon départ une Française a téléphoné affolée à la responsable de l'UFE de Douala pour demander protection. Un Français qui se sent en danger ne recourt pas spontanément au consulat parce qu'il réagit trop lentement.

Les Français du Cameroun ont des difficultés à payer les cotisations de la CFE malgré la création de la 4ème cotisation bis aidée qui permet aux Français d'adhérer plus facilement et l'arrêt d'une année de la rétroactivité. Malgré l'effort de la CFE. Récemment, un Français a été très malade et s'est réfugié dans une procure. Le médecin du consulat s'est présenté le lendemain matin et le malade était mort.

Un des établissements scolaires français de Douala est dans un état épouvantable. Les classes ont plus de cinquante ans ; elles sont mal entretenues, les murs sont abîmés, les laboratoires désuets. Un des bâtiments est même dangereux avec des fissures. Des experts vont mener des études. Cette école est la honte de la France.

Autres particularités du Cameroun : une insécurité grandissante, un chômage de 80%, des employés locaux très peu payés, une baisse du chiffre d'affaires de 10 à 20%. Tout cela provoque une vraie morosité qui décourage les investissements. Partout en Afrique, il y a un découragement.

On a l'impression qu'il y a une haine du blanc, et cependant, paradoxalement les Camerounais trouvent que la France n'en fait pas suffisamment.

 

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