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QUESTIONS A
MICHEL GUERRY

Sénateur représentant les Français établis hors de France (groupe UMP)

Propos recueillis le 9 octobre 2006

Comment expliquez-vous la faible participation aux dernières élections de l'Assemblée des Français de l'étranger ?

C'est vrai qu'aux élections de l'AFE de juin dernier, le vote a été discret. On a tenté d'améliorer le taux de participation en donnant la possibilité aux électeurs de voter par voie électronique. Mais cela n'a pas eu les résultats escomptés. Pour plusieurs raisons. D'abord, les Français de l'étranger n'ont pas été avertis suffisamment à l'avance. Par ailleurs et surtout, la procédure de vote elle-même était trop compliquée ce qui a conduit la moitié des électeurs qui s'étaient pré-inscrits à ne pas recourir au vote électronique finalement.

A partir du moment où les contraintes l'emportent sur la simplicité, le système ne peut pas fonctionner de façon satisfaisante. Il faut que le dispositif soit simple et accessible. Or ces conditions ne sont pas remplies. C'est regrettable.

Au total, le vote électronique n'a pas augmenté la participation. Il a remplacé une partie du vote par correspondance. Cela aura coûté cher pour un résultat insignifiant. Pour accroître de façon significative le nombre de votants par voie électronique, il est nécessaire de simplifier les procédures tout en garantissant la sécurité du système.

En outre, le vote électronique est tellement compliqué et peu transparent qu'il est difficile de savoir ce qui se passe à l'intérieur des circuits informatiques. Si on généralisait la procédure, il ne serait pas impossible qu'assez rapidement des "hackers" pénètrent dans le système et perturbent le vote.

Êtes-vous opposé à la généralisation du vote électronique pour les élections futures ?

Non, bien au contraire, mais je sais d'expérience qu'il sera difficile de concilier simplicité et sécurité.

Pour des élections dont les enjeux sont différents comme les élections des conseillers du commerce extérieur ou les élections internes à l'UMP, le vote électronique existe et n'a pas besoin d'être entouré d'un aussi grand degré de sécurité.

Comment concilier sécurité et simplicité ?

C'est très difficile. Ce sera un véritable challenge technique. D'ailleurs aucun pays dans le monde n'y est parvenu. Souvenez-vous de la première élection de George W. Bush en novembre 2000 dont les résultats ont été tant contestés...

Pour les Français de l'étranger le vote par correspondance reste le système le plus simple.

Par ailleurs, il faut donner à nos consulats et à nos ambassades plus de moyens pour qu'elles fassent beaucoup plus de publicité qu'aujourd'hui, même si cela coûte cher. En France, la mobilisation des médias fait que nul n'ignore les échéances électorales. A l'étranger, c'est beaucoup plus difficile d'informer les Français. RFI et TV5 Monde ont aussi un rôle à jouer bien qu'ils ne touchent pas tout le monde.

Est-ce qu'il ne revient pas aux associations des Français de l'étranger d'informer ?

Certes, mais les partis politiques ne sont pas bien représentés à l'étranger et les associations sont misérables. De surcroît, l'UFE qui est l'association la plus importante ne compte que 25.000 adhérents alors que les Français sont plus de 2 millions dans le monde. On ne touche à travers les associations qu'une très faible partie de la population française à l'étranger.

En quoi consistent les réunions d'entrepreneurs français auxquelles vous avez assisté l'année dernière à San Francisco et cette année à Pékin ?

Ces manifestations sont l'occasion de présenter aux éventuels partenaires locaux et aux investisseurs nationaux, un petit nombre sélectionné d'entreprises françaises innovantes des technologies de l'information et des communications. C'est l'occasion  pour des start-up de trouver des partenaires financiers ou technologiques pour se développer au niveau international. La première édition a été organisée l'année dernière à San Francisco à l'initiative des conseillers du commerce extérieur. La quarantaine d'entreprises qui y ont participé ont trouvé des partenaires pour la moitié d'entre elles.

Mme Lagarde est venue conclure la manifestation de cette année qui avait lieu à Pékin à l'initiative d'un Français, M. Nazikian. J'ai rencontré une ou deux des entreprises à Paris ensuite qui étaient très contentes de la manifestation.

Vous rentrez de Bolivie où vous voyagiez dans le cadre du groupe d'amitié France-Amérique latine. Que pouvez-vous nous en dire ?

Les voyages qu'un sénateur représentant les Français établis hors de France peut effectuer dans le cadre d'un groupe d'amitié complètent ceux qu'il peut faire individuellement dans la mesure où ils lui permettent de rencontrer, en plus de la communauté française implantée dans le pays, les responsables politiques et les élus.

J'y ai rencontré un certain nombre de Français installés en Bolivie depuis longtemps. J'ai pu mesurer leurs difficultés. La Bolivie est un pays très pauvre, même s'il dispose de ressources naturelles comme le gaz ou l'étain. Les Indiens, qui composent la moitié de la population et qui habitent sur les plateaux ou travaillent dans les grandes haciendas, étaient jusqu'à présent peu considérés par le pouvoir. Aux dernières élections présidentielles, ils ont porté un Indien, Evo Morales, au pouvoir. C'est le premier Indien à accéder à la magistrature suprême. Mais ce dernier ne dispose pas hélas de cadres en nombre suffisant pour développer le pays.

Vous étiez également au Canada la semaine dernière...

Chaque année, 4 000 Français débarquent au Québec. Le principal problème qu'ils rencontrent est l'absence de reconnaissance des diplômes qui empêche les infirmières, les médecins, les vétérinaires, les ingénieurs,... , de s'établir sur place. Ils sont obligés de repasser les diplômes nationaux.

S'agit-il d'une émigration temporaire ou définitive ?

Le gouvernement québécois nous a parlé d'un taux de retour de 18 %. D'autres personnalités font état d'un taux de retour encore plus important. Il arrive que certains migrants quittent la France sur un coup de tête, et une fois arrivé sur place, soient déçus parce qu'ils n'ont pas pris la peine de se renseigner par avance sur ce qui les attendait. Mais la plupart des Français se trouvent très bien au Canada et ne songent pas à revenir en France.

Le vendredi 27 octobre prochain, vous allez remettre dans les Salons de Boffrand de la Présidence du Sénat les trophées Femmes 3000 à trois Françaises vivant à l'étranger. De quoi s'agit-il ?

Femmes 3000 est une association créée en 1989 par l'ancienne ministre Michèle Barzach pour promouvoir les femmes, augmenter leur participation dans la vie publique, faire reconnaître leurs compétences... Un jour, elles sont venues me voir et m'ont proposé de créer un prix pour honorer des Françaises ayant accompli quelque chose de remarquable à l'étranger dans tous les domaines : culturel, entrepreneurial, social.... C'est ainsi que son nés Les Trophées Femmes 3000 qui récompensent tous les deux ans, avec le concours du Sénat, des Françaises établies hors de France. Je suis allé voir François Loos, lorsqu'il était ministre délégué au commerce extérieur, qui m'a suggéré d'organiser ce prix par régions : après l'Asie il y a deux ans, ce sont des Françaises installées en Amérique du Nord et au Mexique qui seront récompensées cette année, en présence de M. François Loos, de Mme Nicole Ameline, et peut-être, de Mme Michèle Alliot-Marie. 

Sont lauréates cette année : dans la catégorie « Femmes et Image de la France », Isabelle de SIBERT DUSASTRE (Canada), créatrice de la « Randonnée des Neiges de Kelly Shires contre le cancer du sein » ; dans la catégorie « Femmes et Esprit d'Entreprise », Pascale BOURGUIGNON (Canada), créatrice des Editions L'Escargot Atomic ; et dans la catégorie « Femmes et Initiatives Culturelles et Sociales », Dolorès BESTEIGUI (Mexique), qui a transformé un Groupe radiophonique gouvernemental IMER en un Groupe radiophonique publique.

 

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