ACTES DU COLLOQUE
VOLONTARIAT INTERNATIONAL :
BILAN D'UN SEPTENNAT
Mercredi 14 mars 2007
Palais du Luxembourg - Salle Clemenceau
15 rue de Vaugirard - 75006 PARIS
Sous le haut patronage de Christian
Poncelet, Président du Sénat
Avec la participation de Christine Lagarde, Ministre déléguée au Commerce
extérieur
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le programme du colloque (fichier pdf)
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le communiqué du 14 mars 2007 (fichier pdf)
Participants
Lorenzo CORNUAULT, Chef du Département Marketing et Communication
d'Ubifrance
Louis-Michel MORRIS, Directeur Général d'Ubifrance
Daniel RATIER, Sous-directeur des personnels spécialisés et à
gestion déconcentrée au Ministère des Affaires Etrangères
Nadine GUIBERT, Directeur Général Adjoint d'Ubifrance
Bénédicte RAYNAUD, Chef de produit VIE
Anne NEPLAZ, Responsable du CIVI
Alexandre FAUVET, Président du Club VIE
Sommaire
Introduction
Ouverture
Présentation
et bilan de la formule du volontariat international en entreprise (VIE)
Présentation
et bilan de la formule du volontariat international en administration (VIA)
Premier
échange avec la salle
Présentation
du VIE : atouts et évolutions
Témoignages
Propositions
de structures d'accueil pour les VIE des PME françaises
Les
atouts des jeunes Français de l'étranger
Les
objectifs et les activités du club VIE
Conclusion
Second
échange avec la salle
Introduction
Lorenzo CORNUAULT
La réunion d'aujourd'hui présente un double motif de réjouissance.
Elle célèbre tout d'abord le septième anniversaire de l'institution
du VIE : les interventions des différents participants montreront que
la courte vie de ce dispositif a déjà connu d'heureux succès. Ensuite,
cette réunion rassemble de nombreux Français de l'étranger, que nous ne
voyons que trop rarement, ainsi que plusieurs sénateurs.
Il convient de rappeler le vif soutien que le Sénat a d'emblée apporté
au dispositif du VIE : c'est donc avec un plaisir tout particulier
que nous revenons dans ces lieux.
Ouverture
Christian PONCELET
Le Sénat est très heureux d'accueillir ce colloque sur le Volontariat
International à l'Etranger (VIE), sept années après son institution le
14 mars 2000 par la loi
relative au volontariat civil. Lors de sa création, ce dispositif
devait répondre à la réforme du service national engagée en 1996, en
laissant à la jeunesse la possibilité
de servir à l'étranger dans différents domaines, de l'humanitaire aux
entreprises publiques ou privées.
Cette loi a mis en place un système d'une grande souplesse, qui a
connu depuis sa création de nombreuses améliorations. Ainsi, de jeunes
Européens peuvent désormais en bénéficier, et disposer, préalablement
à un stage en entreprise, d'une formation en France pour une durée
allant jusqu'à cinq mois. Depuis, les VIE et VIA ont connu un large succès,
sur tous les continents. Si les destinations les plus recherchées restent
les Etats-Unis et la Chine, ce dispositif permet actuellement à plus de 4 500
jeunes de séjourner à l'étranger, aussi bien au sein de grandes
entreprises que de PME. Il convient de noter que ce dispositif a permis un
rapprochement des acteurs du monde industriel français : certaines
entreprises du CAC 40 ont ainsi soutenu des PME lors de leur première
installation à l'étranger. Enfin, un millier de jeunes bénéficient
d'un VIA, dans des institutions françaises ou étrangères. Là encore,
ce système a permis de développer la coopération entre les fonctionnaires
du Sénat et certaines administrations étrangères, notamment à travers la
promotion du bicamérisme.
En sept ans, 17 000 jeunes ont pu bénéficier de ce dispositif. Je
tiens à saluer l'audace et
l'esprit d'initiative de ces jeunes qui succombent à l'appel des
horizons lointains. Mon propre petit-fils, étudiant dans une grande école
de commerce, est parti à Singapour apprendre le mandarin. La maîtrise de
langues étrangères rares constitue un réel atout dans le monde
professionnel. La mondialisation représente une évolution qui intime
à nos jeunes l'apprentissage de nouvelles langues et l'expérience de
l'étranger.
Le Sénat demeure l'instance suprême de la représentation des
Français de l'étranger, dont il protège les intérêts. Ces Français
assument en effet des responsabilités importantes et une fonction
essentielle au bon rayonnement de la France. Pourtant, au moment du retour,
ils connaissent parfois des difficultés de réinsertion : de nombreux
sénateurs œuvrent à rendre moins pénible cette période délicate.
Le Sénat reste toujours attentif à la situation des Français de l'étranger :
ainsi la Haute-Assemblée a-t-elle organisé l'année passée une « Journée
des Français de l'étranger » sur le thème « L'expatriation,
une chance pour la France ». Aujourd'hui, la présence permanente de
Français à l'étranger constitue un élément essentiel de la bonne
conduite des relations internationales de la nation. Il convient de mieux
reconnaître l'importance du travail accompli à l'étranger par nos
compatriotes. Lors de mes déplacements internationaux, il m'apparaît
toujours important de rencontrer ces Français de l'étranger :
j'ai ainsi pu constater partout l'importance de leur contribution.
Parfois même, nos interlocuteurs étrangers déplorent la trop faible présence
française sur leur sol.
Ce colloque apparaît comme une très heureuse initiative, et
l'occasion d'exprimer notre gratitude à nos Français de l'étranger,
à Ubifrance ainsi qu'au Ministère des Affaires Etrangères. Il doit également
être l'occasion d'étudier un certain nombre d'améliorations :
Ubifrance peine parfois à trouver des jeunes maîtrisant les langues rares,
et certains Français ayant crée des entreprises à l'étranger
souhaiteraient se voir offrir la possibilité de recruter des VIE.
Il convient enfin de saluer l'originalité du modèle français. La
mondialisation ne se contente plus de frapper à la porte de la France :
elle en construit désormais les gonds et les serrures. Dans ce contexte,
l'internationalisation de nos activités représente un enjeu crucial,
auquel le dispositif du VIE participe, à sa mesure. La mondialisation apparaît
comme un immense conflit économique, dans lequel les puissances
s'opposent dans la conquête de marchés, et où aucune alliance n'est
possible. Il convient toutefois, pour citer le poète, de
« ne pas pleurer et gémir en la circonstance », mais
bien d'y faire face : c'est là tout l'intérêt des dispositifs
comme le VIE.
Présentation
et bilan de la formule du volontariat international en entreprise (VIE)
Louis-Michel MORRIS
A l'heure du bilan de la formule VIE, celle-ci apparaît davantage prisée
des jeunes que des entreprises. Il convient pourtant de souligner le rôle
de ce dispositif dans la constitution du vivier des responsables export, qui
font la force de vente de la France à l'étranger.
Le VIE est accessible à tout jeune diplômé âgé de 18 à 28 ans :
il leur permet de se voir confier par une entreprise une mission
professionnelle à l'étranger pour une durée allant de six mois à deux
ans. Si les entreprises paient bien les indemnités des VIE, UBIFRANCE reste
le gestionnaire du dispositif. Notre organisme tient un rôle d'intermédiaire,
en constituant une large base de données accessible aux entreprises.
Comptant désormais près de 43 000 profils, cette base propose des
candidats aux compétences variées, ayant toutefois en
commun la qualité et l'envie de l'étranger. Si, initialement,
le VIE restait réservé aux diplômés des grandes écoles, il s'ouvre désormais
aux formations professionnelles : des groupes fortement implantés à
l'étranger, comme Accor, recherchent de nombreux artisans, et boulangers.
Depuis sa création, le VIE a connu un succès croissant : désormais,
4 740 jeunes sont répartis dans 1 820 entreprises. Nous espérons
atteindre les 5 000 VIE dans le courant de l'année 2007, et ainsi
maintenir notre taux de croissance de 30 %. Deux tiers des entreprises
utilisatrices sont des PME. Aujourd'hui, Ubifrance consent d'importants
efforts pour ouvrir encore davantage ce dispositif aux PME. La durée
moyenne des missions est de 17 mois : 70 % des VIE sont de jeunes
hommes, et 30 % sont de jeunes filles. Cette pondération tend
toutefois à s'équilibrer.
La distribution géographique des VIE en postes reflète, sur chaque
continent, l'importance des exportations françaises. La Chine est devenue
la seconde destination après les Etats-Unis. Ces deux pays précèdent nos
voisins européens. Toutefois, le développement du VIE dans certains pays
se heurte parfois à l'obtention des visas : pareilles difficultés
attestent de l'importance de rechercher, pour chacun de ces pays, des
accords bilatéraux devant favoriser l'échange de jeunes professionnels.
Pour 43 000 jeunes présents sur la base de données, seuls 4 700
VIE sont pourvus. Il ne s'agit donc pas aujourd'hui de convaincre les
jeunes, qui adhèrent d'ores et déjà largement à la formule, mais bien
les entreprises. Avec un taux de 70 % d'embauche directe en fin de
mission, le VIE devient un véritable label qualité : il faut voir là
la conséquence directe de la richesse de l'expérience, et de
l'importance des responsabilités que ces jeunes assument au cours de
cette expérience. Certaines entreprises recherchent tout particulièrement
des profils d'anciens VIE : il s'agit en effet souvent
d'individus baroudeurs, preneurs
de risques.
Par ailleurs, le VIE connaît de nouvelles améliorations devant
permettre son développement. De plus en plus de collectivités locales
financent les VIE. De plus, le crédit d'impôt export permet de financer
le coût des VIE sur la fiscalité. Au final, le VIE représente, pour une
PME, la possibilité de s'attacher les services d'un diplômé d'HEC
ou de Centrale à un coût très faible, selon les pays, souvent inférieur
à mille euros par mois. De nombreuses opérations de communication ont été
initiées : elles doivent permettre de mieux faire connaître cette
formidable opportunité.
Trop souvent, on donne une présentation sombre du commerce extérieur
français. Si notre balance commerciale apparaît bien déficitaire, une brève
comparaison internationale permet toutefois de relativiser cette situation :
notre position apparaît ainsi favorable au regard des économies de nos
voisins européens. Les exportations françaises se situent au cinquième
rang mondial : la France exporte ainsi davantage par habitant que les
Etats-Unis ou le Japon. A l'heure où il nous incombe d'encourager le
positionnement des PME à l'étranger, il convient également de tenir un
discours rénové sur notre commerce extérieur, et de valoriser davantage
notre action à l'exportation.
Présentation
et bilan de la formule du volontariat international en administration (VIA)
Daniel RATIER
A l'heure du bilan, le dispositif du VIA apparaît comme une
incontestable réussite. La loi du 14 mars 2000 voulait offrir aux
jeunes la possibilité d'acquérir une expérience à l'étranger tout
en participant au développement des entreprises françaises à
l'international.
La route du Volontariat International a été pavée de succès. Elle a
tout d'abord pris le relais du service national de coopération :
l'objectif était de maintenir l'effectif des CSN de 1997. Dans le cadre
du passage d'une démarche contraignante à une démarche basée sur le
volontariat, la réalisation de cet objectif apparaît comme une réelle réussite.
A ce jour, 12 000 jeunes ont bénéficié d'un VIA, dont 3 824
soutenus par le Ministère des Affaires Etrangères (MAE). Les candidats au
VIA sont recrutés dans le vivier de la base de données d'Ubifrance,
commune aux VIE et aux VIA. Avec 54 % de jeunes filles, le VIA apparaît
davantage féminisé que le VIE. 1 000 jeunes se trouvent actuellement
en poste, dont 800 sont payés par le quai d'Orsay. Les 200 autres bénéficient
de contrats divers et interviennent pour différents organismes parapublics
ou encore pour des organismes de recherche.
L'une des caractéristiques essentielles du VIA reste la diversité du
panel d'activités proposé : on trouve des VIA aussi bien dans les
services consulaires que dans les services scientifiques et techniques. Les
métiers proposés sont extrêmement divers : experts audiovisuels,
attachés de presse, archivistes... 200 VI sont employés sous l'intitulé
« chargé de mission » : il s'agit de volontaires
polyvalents. Par exemple, l'un de nos volontaires, en tant qu'assistant
de l'Ambassadeur de France aux Seychelles, est appelé à se familiariser
avec l'ensemble des activités qui incombent à un représentant de la
France à l'étranger. Ces chargés de mission constituent un appoint tout
à fait important : ce type de mission fait partie des missions les
plus appréciées des jeunes volontaires.
La répartition géographique des VIA atteste d'une forte présence
en Afrique, liée à l'histoire de la coopération entre la France et
l'Afrique. Les efforts que nous conduisons ont pour objectif d'améliorer
leur présence en Amérique et en Asie. La moyenne d'âge des volontaires
est de 27 ans. La durée moyenne des missions est de 18 mois. On note
toutefois moins d'embauches à la sortie des VIA que pour les VIE. Enfin,
nous n'avons à déplorer qu'un très faible taux de fin de mission
accidentelle, ce qui est un signe fort de la solidité psychologique des
jeunes volontaires.
Il faut voir dans le succès du VIA la preuve de la qualité des
candidatures. A ce titre, la procédure de recrutement apparaît tout à
fait efficace : il s'agit d'un système clair et transparent, qui
interdit tout traitement de faveur. Toutes les offres sont diffusées sur le
CIVI. L'engouement pour la formule nous oblige à respecter nos candidats.
Plusieurs éléments expliquent le succès de la formule : l'appel
du large, l'opportunité de réaliser une première expérience
professionnelle expatriée dans un cadre sécurisé, la garantie d'un
statut de droit public et d'une rémunération convenable, sont autant
d'atouts extrêmement séduisants aux yeux des jeunes.
Pour le ministère des Affaires étrangères, le VIA représente une
ressource de grande qualité : ces jeunes polyvalents, très motivés,
contribuent positivement à l'image du Ministère. De plus, et tout
particulièrement dans le contexte de la LOLF et de ses nouvelles
contraintes budgétaires, leur coût modéré reste grandement appréciable.
La rémunération correcte dont bénéficient les VI assure leur indépendance
notamment vis-à-vis de la cellule familiale. Cet élément est le garant
d'une véritable largesse dans le recrutement des candidats. Dans ce sens,
le VIA conforte le rôle de liaison du MAE entre l'ensemble de la société
française et l'environnement international.
Premier
échange avec la salle
De la salle
Il semble exister un réel déséquilibre entre le nombre de candidats
volontaires, et le nombre de postes effectivement pourvus. Plusieurs éléments
semblent pouvoir expliquer cette situation. En Espagne, où je possède une
société, les entreprises bénéficient, parmi les candidats locaux, de
profils tout à fait aussi compétents que les VI français, pour un coût
encore moindre. A ce titre, le coût des VIE apparaît encore trop
dissuasif. L'objectif doit être d'assurer le départ des 43 000 volontaires,
même s'il s'agit là d'un réel défi. Enfin, ces volontaires
peuvent-ils intégrer une ONG ?
Christian PONCELET
L'Espagne connaît une situation particulière à de nombreux égards.
Tout d'abord, ce pays connaît une évolution forte des rémunérations :
depuis son entrée dans l'UE, l'Espagne a bénéficié de la solidarité
communautaire, sans pour autant qu'il ne soit procédé à une
harmonisation fiscale et sociale. Pareille
difficulté se pose aujourd'hui également dans les pays de l'Est :
en bénéficiant de la solidarité de l'Union, ces pays deviennent des
concurrents sérieux. Face à cela, la France garde des moyens limités. Les
récentes émissions télévisées dans le cadre de l'élection présidentielle
attestent du souci récurrent de nos concitoyens de voir l'Etat accroître
ses dépenses : très peu se soucient pourtant de l'obtention des
recettes. De nombreuses régions françaises, traditionnellement ouvrières,
souffrent grandement face aux récentes délocalisations : les
industriels français partent à l'Est pour disposer d'une main d'œuvre
moins coûteuse. Le problème soulevé est réel : il faut espérer
qu'une prochaine harmonisation en permettra la résorption.
Louis-Michel MORRIS
Le ratio de 1 pour 10 doit effectivement être amélioré. Par
ailleurs, il est vrai que le VIE affiche en Espagne un coût spécifique,
relativement plus élevé que dans les autres pays. En réalité, les
missions réalisées en Espagne sont fiscalisées non pas en France mais
localement. Un volontaire est d'ordinaire couvert par un système privé
d'assurances : l'Espagne a refusé ce système et a voulu appliquer
le droit social espagnol aux VIE. Cette situation reste toutefois particulière
à l'Espagne. Elle nous rappelle l'importance de défendre le statut
fiscal du VIE dans le monde : il s'agit de l'une des raisons
essentielles de son succès.
Christian PONCELET
Un exemple tiré de l'actualité récente peut contribuer à éclairer
cette discussion : une entreprise agroalimentaire chinoise a récemment
acquis une exploitation agricole du Vaucluse spécialisée dans le
traitement des tomates. Les producteurs de la région ont naturellement
voulu s'assurer que les nouveaux arrivants continueraient de
s'approvisionner sur le territoire français. Les industriels chinois ont
affirmé vouloir se fournir en France, à condition que les délais de
livraison soient réduits. Auparavant, pareille exigence ne posait que peu
de difficultés aux exploitants qui avaient recours à la très mobile main
d'œuvre espagnole et portugaise. Les évolutions liées à l'intégration
européenne de ces deux nations interdisent désormais le recours à ces
populations, et les exploitants doivent se tourner vers des migrants venus
de l'Est. La construction européenne a largement accru les
exigences sociales du peuple européen : en conséquence, la rémunération
de nos voisins est appelée à augmenter. Cet exemple rappelle encore une
fois l'importance de procéder, au niveau européen, à une rapide
harmonisation sociale.
De la salle
Je souhaiterais témoigner de ma récente expérience de recherche
d'emploi en Chine. En tant que stagiaire, je touchais une indemnité s'élevant
à 300 euros. Si cette somme doit être rapportée au niveau de vie
chinois, elle apparaît toutefois nettement insuffisante.
Louis-Michel MORRIS
Il convient de ne pas comparer les statuts de stagiaire et de VIE. En
effet, le VIE s'inscrit dans une démarche de ressources humaines de long
terme, devant, idéalement, déboucher sur une offre de recrutement.
En Chine, le salaire de base est de 60 euros par mois : il semble
que ce montant ne soit pas appelé à augmenter tant que 900 millions
de Chinois resteront à la marge du circuit
économique et seront prêts à accepter tout niveau de rémunération. Le
VIE est, quant à lui, un futur cadre international, appelé à voyager dans
différents pays, et à assumer d'importantes responsabilités.
Toutefois, il est vrai que les stagiaires concurrencent la formule VIE,
tout comme les Français prêts à accepter des emplois de droit local, en
Chine ou en Russie.
Christian PONCELET
L'augmentation des rémunérations fait actuellement l'objet d'un
grand débat en Chine : les dirigeants du pays s'en disent très préoccupés.
Il faut voir là le résultat de l'accroissement des communications :
chacun est désormais libre de comparer sa propre situation à celle des
autres, et donc de revendiquer l'amélioration de sa condition. La France
a par trop tardé à s'ouvrir à l'international : elle doit
maintenant y consacrer toute son énergie.
De la salle
L'augmentation des refus de demandes de visas met-elle en péril le
dispositif du VIE ?
Louis-Michel MORRIS
La solution à ces difficultés reste la négociation, au cas par cas,
d'accords bilatéraux d'échanges de jeunes professionnels. Pareil
accord a encore récemment permis de débloquer la situation en Pologne.
Christian PONCELET
Dans ce cadre, l'accroissement d'échanges entre les peuples et les
pays doit favoriser un rapprochement naturel, et l'ouverture de négociations
dans un esprit positif. Des associations comme les groupes d'amitié révèlent
alors tout leur intérêt.
Daniel RATIER
Une question portait sur les ONG : les expériences auprès de ces
organismes ne relèvent pas de la mission des VI, qui ont d'abord vocation
à servir le pays. Le statut de Volontaire International de Solidarité
(VIS) s'adresse à ceux qui souhaitent s'orienter vers l'action
humanitaire.
Présentation
de la formule du VIE : atouts et évolutions
Nadine GUIBERT
La formule du VIE présente divers avantages. A ce titre, elle se présente
comme un véritable dispositif « gagnant-gagnant ».
Les candidats bénéficient de nombreux avantages : le statut des
VIE garantit un salaire, une couverture sociale, la validation au titre de
la retraite, ainsi qu'un statut public protecteur. Il s'agit également
d'une expérience présentant un réel tremplin pour l'emploi. Le
recrutement des candidats passe par le site du CIVI : toutefois,
et malgré la publication d'un nombre relativement important d'offres,
la recherche d'un VIE demande une démarche proactive.
Seules les entreprises de droit français ont accès à la formule :
toutefois, les entreprises étrangères ayant un partenaire français
peuvent également accueillir des VIE. Le faible coût des VIE, rapporté à
la qualité de la compétence rendue accessible, en fait un dispositif
particulièrement attractif.
Depuis six ans, différents services d'accompagnement ont été développés :
les PME peuvent ainsi bénéficier de conseils dans le montage des dossiers,
d'aides à l'identification d'un hébergement, ou encore d'aide dans
la sélection des volontaires. Toutes les entreprises ayant accueilli un VIE
se disent satisfaites de la formule : le faible nombre d'entreprises
accueillantes s'explique principalement par la trop faible notoriété du
VIE.
La diffusion du VIE se heurte par ailleurs à d'autres obstacles dans
certains pays : il convient ainsi de favoriser la reconnaissance du
statut du VIE à l'étranger, de développer des accords bilatéraux d'échanges
de jeunes professionnels, ainsi que d'insister davantage sur le caractère
public de ce statut.
Un projet actuellement à l'étude entend modifier le système actuel
de couverture sociale des VIE, afin de l'assimiler au régime public de la
sécurité sociale. Le développement du VIE demande également la
conception de nouveaux services à l'égard des utilisateurs de la formule :
différents axes de recherche sont étudiés. Il convient également d'améliorer
l'accompagnement des volontaires, dans la recherche de mission, puis dans
son déroulement propre.
Témoignages
Mathieu BEAL
Pour avoir grandi parmi des artisans, j'ai depuis toujours ressenti une
proximité particulière à l'égard de ces secteurs fondés sur la maîtrise
de savoir-faire spécifiques. A l'issue de mes études, j'ai soutenu un
mémoire traitant de la bijouterie mexicaine. Après une discussion
formelle, l'un des membres du jury me demanda quel intérêt je trouvais
à mon sujet : selon moi, il devait, par la connaissance de
l'artisanat local, permettre de soutenir l'implantation de l'artisanat
français à l'étranger. A l'issue de ce mémoire, j'ai rapidement
trouvé un stage dans ce domaine d'activité. Je m'apprête
aujourd'hui à partir pour Shanghai, soutenir le développement en Chine
d'un coutelier français.
Amaël BLAIN
Le marketing international représente un secteur traditionnellement
difficile d'accès aux jeunes diplômés : il l'était davantage
encore en 2001, où le contexte économique apparaissait particulièrement
peu favorable. J'ai toutefois trouvé un poste au Club des Créateurs de
Beauté, réunissant L'Oréal et les Trois Suisses. Cet organisme avait
pour mission de développer la cellule marketing produit de ces deux
entreprises dans la vente par correspondance aux Etats-Unis. D'emblée, ce
poste constituait un énorme défi : en tant qu'homme, je devais intégrer
le secteur du maquillage aux Etats-Unis, pays dont je n'étais pas
familier... Malgré ces nombreux obstacles, cette expérience a été pour
moi formidable. Mon VIE de 18 mois a été suivi d'une autre année et
demi de contrats locaux, notamment à New York.
A l'issue de cette période, je suis revenu au siège, à Paris. Si
j'étais conscient qu'il s'agissait là d'une étape importante de
mon parcours professionnel, il semblait pourtant que j'avais été définitivement
piqué par le virus de l'expatriation : j'espère donc pouvoir
bientôt repartir pour de nouvelles destinations. Pour moi, le VIE reste
une expérience incomparable : j'ai ainsi pu faire mes preuves dans
un environnement restreint où les responsabilités étaient concentrées.
Indubitablement, le VIE propose davantage d'opportunités que le stage.
Propositions de structures d'accueil pour les
VIE des PME françaises
Bénédicte RAYNAUD
De nombreuses interventions ont insisté sur l'importance de rapprocher
le nombre de postes proposés à l'international et celui des candidatures :
si c'est bien là un objectif à poursuivre, il convient toutefois de
noter qu'après sept ans d'existence, la formule du VIE reste encore en
plein essor. Le nombre de postes augmente ainsi de 30 % depuis trois ans et,
l'année passée, 400 nouvelles entreprises ont rejoint le club des
utilisateurs de la formule : les PME représentent à ce jour
deux-tiers des entreprises accueillant des VIE.
Le VIE permet d'affecter un jeune dans une entreprise à l'étranger.
S'il s'agit de jeunes candidats qualifiés, ces derniers en sont
toutefois à leur première expérience professionnelle : il nous paraît
donc important de leur garantir un accueil au sein d'une structure réunissant
d'autres compétences. L'intégration dans un bon environnement
professionnel paraît un élément important de la réussite d'une
mission. Cette exigence nous a conduit à écarter un certain nombre
d'offres.
Alors que ces critères pénalisaient au départ les PME, elles sont désormais
de plus en plus utilisatrices de la formule grâce au développement de
nombreux services d'accompagnement. De grands groupes laissent ainsi à
disposition de VIE travaillant pour des PME leurs propres structures d'hébergement.
Le réseau des missions économiques à l'étranger, les chambres de
commerce, les sociétés d'accompagnement à l'international hébergent
également des jeunes. Ces possibilités restent toutefois limitées en
nombre, particulièrement dans les pays les plus attractifs comme
l'Allemagne, la Chine ou le Royaume-Uni qui demandent encore la mise en
place de structures complémentaires. Les Français de l'étranger ayant
d'éventuelles suggestions sur ces questions pourront les communiquer aux
missions économiques : le développement du VIE passera par
l'accroissement de nos capacités à accompagner les plus petites
entreprises dans leur implantation à l'étranger.
Les atouts des jeunes Français de l'étranger
Anne NEPLAZ
Le CIVI a été chargé par les trois organismes affectataires, c'est-à-dire
UBIFRANCE, le ministère des Affaires étrangères, ainsi que la Direction Générale
du Trésor et de la Politique Economique, de faire la promotion du VIE auprès
des candidats potentiels. Aujourd'hui, avec 43 000 inscrits sur
la base, la formule du VIE a largement fait la preuve de son succès auprès
des jeunes, et la promotion portée par le CIVI s'avère un réel succès.
Les jeunes présents sur la base sont pour 66 % âgés de 25 à 28
ans. 72 % ont des formations équivalentes ou supérieures à bac+5. La pondération
homme/femme tend à s'équilibrer. Les candidats présentent des compétences
linguistiques de plus en plus développées et variées.
Plusieurs conditions apparaissent comme les clés du succès : les
candidats doivent démontrer leur motivation en allant démarcher des
entreprises, et rester en veille active sur le site du CIVI. Ils peuvent également
solliciter les réseaux d'anciens élèves qui s'avèrent souvent des
intermédiaires efficaces. Enfin, bien souvent, les diverses expériences de
vie à l'international apparaissent aux yeux des recruteurs comme des
atouts et des garanties de solidité et d'adaptabilité de la part du
candidat. Il s'agit donc d'éléments à valoriser sur un CV.
Les objectifs et les activités du club VIE
Alexandre FAUVET
Les frontières changent, et ce à plusieurs niveaux. Tout d'abord, les
états d'esprit évoluent : ils s'ouvrent davantage sur l'étranger.
Cela correspond aux nouveaux besoins des entreprises, qui recherchent
ouverture d'esprit et capacité d'adaptation. Ensuite, la frontière
entre VIE et VIA tend à s'estomper : le VIA devient de plus en plus
une expérience valorisée dans le secteur privée. Il s'agit en effet
d'expériences demandant une grande souplesse de la part des candidats, et
tout aussi formatrices que le VIE. Enfin, les frontières entre les différentes
industries semblent également devoir disparaître : les témoignages
apportés au cours de ce colloque ont montré comment tous les secteurs
industriels, de l'artisanat à la cosmétique, des PME aux grandes
entreprises, sont également concernés par le besoin de s'ouvrir à
l'international.
Mon parcours est lui-même un exemple de cette nouvelle perméabilité
des secteurs : j'ai débuté mon parcours professionnel dans
l'industrie lourde en Corée du Sud, avant de basculer dans le domaine des
biens de consommation courante, pour désormais oeuvrer pour une marque de vêtements
de sport. La polyvalence reste une qualité très convoitée par les
entreprises.
La première réunion du club VIE réunira une centaine d'anciens,
représentant près de 40 pays. Malgré l'enthousiasme que ce projet a
initialement suscité, il s'est heurté au fort taux d'expatriation des
anciens VIE : 55 % sont actuellement à l'étranger. Par ailleurs, 95
% des VI considèrent cette expérience comme décisive dans leur parcours
professionnel.
J'étais auparavant timide ; je gardais une certaine aversion pour
les voyages, et me sentais très mal à l'aise en anglais : après
mon VIE, j'ai définitivement pris goût à l'international, l'anglais
est quasiment devenu ma première langue. L'importance de ces expériences
nous a conduit à vouloir les partager à travers une structure :
celle-ci se fonde sur une forte solidarité trans-générationnelle, réunissant
tous ceux ayant en commun cet amour de l'international.
Lorenzo CORNUAULT
Comment s'organiseront les rencontres du club ?
Alexandre FAUVET
Le développement d'un site Internet a constitué une première
initiative. Toutefois, je préfère évoquer une relation plutôt qu'un réseau.
Le développement des télécommunications ne peut remplacer le contact
humain et physique : celui-ci apparaît comme le meilleur ferment de développement
de relations solides et fiables. Il est en effet important de bien développer
les relations humaines et les rencontres physiques.
Lorenzo CORNUAULT
Le club VIE entend-il contribuer à éclaircir le discours sur
l'international ?
Alexandre FAUVET
Si le club entend rester apolitique, il réunit toutefois des individus
partageant une même vision du monde : ils considèrent la
mondialisation comme une opportunité, et non comme une menace. Les anciens
VIE sont tous des jeunes ayant prouvé leur capacité d'adaptation à
un environnement nouveau.
Lorenzo CORNUAULT
Comment ce projet a-t-il été reçu ?
Alexandre FAUVET
Le club compte à l'heure actuelle 2 600 inscrits, tous
d'anciens VIE. Nous gardons la ferme volonté d'ouvrir ce club aux CSN :
ceux-ci restent toutefois plus difficiles à identifier. Enfin, je tiens à
remercier Madame la ministre déléguée au Commerce Extérieur pour avoir
accepté le parrainage de notre association : elle incarne la réussite
des Français à l'étranger et fait figure, à ce titre, de première
des VIE de France.
Conclusion
Christine LAGARDE
Le VIE célèbre aujourd'hui son septennat. Il attire plus de 40 000
candidats, gérés avec talent par Ubifrance. Ce système extraordinaire bénéficie
à tous : aux jeunes, aux entreprises, à la France ainsi qu'à son
commerce extérieur. Au-delà de ces vastes enjeux, il s'agit
d'expériences individuelles très riches, souvent fondatrices.
Le dispositif du VIE, fortement incitatif, permet aux entreprises les
plus modestes de s'assurer, pour un coût modique, les services d'un
diplômé d'HEC. A de nombreux égards, c'est là un programme tout à
fait louable, dont il faut se féliciter, et qu'il convient de continuer
à encourager.
Il existe toutefois un revers à la médaille : le dispositif reste
encore trop restreint. Il convient de consentir de nouveaux efforts afin de
mieux accueillir les offres de chacun. Ubifrance est toujours relayée par
les conseillers économiques de la France : cette collaboration doit
permettre de renforcer
l'accueil à l'étranger des jeunes, d'accroître leur assise locale,
avec le souci de garantir la qualité de l'expérience. L'action
d'Ubifrance doit encourager le départ vers l'étranger, et
soutenir, en amont, la découverte de la culture locale, l'acquisition de
pratiques commerciales spécifiques, le soutien à la maîtrise de la
langue.
Enfin, il faut souligner que les autorités étrangères considèrent le
programme du VIE avec beaucoup d'intérêt. Il est peu d'hommage plus
fort que l'imitation. Or beaucoup s'inspirent de notre système et développent
des dispositifs répondant aux mêmes objectifs.
Second
échange avec la salle
Christine LAGARDE
Une question précédente portait sur la situation du VIE en Espagne :
il s'agit toutefois d'un problème qui devrait connaître prochainement
une issue favorable.
De la salle
Le VIE apparaît comme un outil nécessaire au développement français.
Il semblerait toutefois souhaitable d'agir largement en amont sur
l'enseignement médiocre des langues dans le système scolaire français :
il s'agit là sans doute d'un des principaux handicaps à l'ouverture
de nos profils à l'international. Le dispositif du VIE devrait ainsi
s'accompagner d'une réforme de l'éducation.
Enfin, ne serait-il pas envisageable de créer un VI européen ?
Christine LAGARDE
En ce qui concerne les langues étrangères, la base de données du CIVI
atteste de la variété des langues maîtrisées par les différents
candidats. Toutefois, il est vrai que le maniement encore trop peu répandu
des langues étrangères constitue l'un des éléments du diagnostic de
notre faiblesse à l'exportation. Par contraste, la puissance de
l'Allemagne tient notamment à une meilleure pratique des langues étrangères.
Louis-Michel MORRIS
L'ouverture du VIE au niveau européen paraît difficilement
envisageable. En effet, dans le cadre du marché unique, on ne saurait
parler d'expatriations.
De la salle
Il semble tout à fait primordial d'insister sur l'importance de bien
former les jeunes en instance de départ à la culture de la négociation
propre à leur pays de destination. L'acquisition de notions sur la
culture du pays paraît s'imposer comme un dispositif à généraliser
dans l'accompagnement des volontaires.
Christine LAGARDE
Avant leur départ, les volontaires bénéficient de deux jours de
formation. Cette période ne paraît pas suffisante pour permettre une
formation aux techniques de négociation. Elle peut toutefois, être
l'occasion de les sensibiliser à ces problèmes, qu'il leur reviendra
ensuite d'aborder par une démarche personnelle.
De la salle
Certaines zones, et notamment les pays de l'ex-URSS, accueillent des
effectifs de VIE encore par trop restreint : faut-il voir là une
volonté des autorités de ces pays d'écarter les volontaires français ?
Christine LAGARDE
Le VIE a connu un taux de croissance fort sur de nombreux pays pilotes.
Il est néanmoins vrai que la Russie pose certaines difficultés liées
à l'obtention des visas. Il faut espérer que l'année 2007 propose une
conjoncture plus favorable.
Louis-Michel MORRIS
En ce qui concerne la Pologne, une solution a été obtenue par le
rattachement à un accord déjà existant.
De la salle
L'Afrique apparaît délaissée. Faut-il voir là le désintérêt des
entreprises ou bien celui des jeunes volontaires ?
Louis-Michel MORRIS
Pour certains pays, plus dangereux que d'autres, l'insécurité est
un réel problème : les organismes hésitent donc avant d'y envoyer
des jeunes. Une première expérience de l'international est toujours
difficile à de nombreux égards. Il convient donc au moins d'assurer
l'intégrité physique des volontaires, et le déroulement de la mission
dans un cadre sécurisé.
En savoir plus sur le volontariat
international
Dossier
législatif concernant la loi du 14 mars 2000 relative aux volontariats
civils
La
7ème édition du Forum du Volontariat International en Entreprise (23
novembre 2006)
Le
site du CIVI